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Jean Alesi: Je suis intact - Auto Hebdo n°864 - 1993
Jean n'a plus le temps. Après deux ans de galère, bien malgré lui, la récolte d'un investissement jusque-là peu rentable s'impose. Gonflé à bloc par sa propre motivation et l'arrivée de Barnard, il doit néanmoins garder l'oeil sur son équipier Berger. Et ne pas oublier l'amour que la Scuderia porte à Senna....Challenge à tiroirs.

Fin 90, en s'habillant de la combinaison rouge de la Scuderia , Jean Alesi réalisait un rêve de gosse. Pour l'instant sans suite. Il n'a pourtant pas ménagé ses efforts. Ni sur la piste, ni en dehors. D'autant plus méritoire que son caractère ne semblait pas être fait pour tant de diplomatie....A peine sorti d'une saison 92 moralement harassante et sportivement sans intérêt, Jean s'est plongé dans un hiver réparateur. Préférant jeter un regard furtif sur le passé pour mieux aborder le très court terme.

AH : A quelle époque de la saison 92 t'es-tu rendu compte qu'il n'y avait plus rien à espérer que quelques bons coups, en fonction de circonstances favorables ?

Jean : Sincèrement j'y ai toujours cru. Chaque veille de course on se dit que le travail va payer, que les ingénieurs ont réussi à mettre le doigt sur le problème. Pour constater, chaque soir, qu'on en est au même point.

AH : Quelle est ton analyse de ces difficultés ?

Jean : Côté moteur on a manqué de puissance, côté essence notre évolution n'a pas été aussi rapide que chez la concurrence, côté châssis on a traîné un passif qui date de 91.

AH : Le moteur a pourtant toujours été le domaine privilégié de Ferrari, sa tradition ! Comment expliquer ce fléchissement ?

Jean : Plus qu'un problème technique c'est le résultat d'un situation politique. Il suffit que les gens changent pour que les programmes changent aussi. La conception d'un moteur demande environ 18/24 mois et bien souvent, les responsables de ce secteur ne restent pas deux ans. D'autres arrivent, écartent le projet en cours pour se démarquer et repartent d'une feuille blanche. Du coup, de projet en projet, on se contente de retoucher un moteur existant et de tirer dessus tant qu'on peut.

AH : Apparemment une facture à payer qui remonte au départ de Jean-Jacques His ?

Jean : Justement, même s'il a reçu mille retouches, le moteur que l'on à aujourd'hui est celui de His. C'est son projet.

AH : Tandis que Paolo Massaï, son successeur, est annoncé sur le départ.... A quand la stabilité ?

Jean : Je crois qu'il réintègre le BE de Fiat à Turin. Le moteur ayant été souvent mis en cause l'année dernière, il s'est senti responsable. Le grand patron demeurera en fait Claudio Lombardi. Très compétent en ce domaine. Je viens de tester un V12 évolution qui, monté sur un châssis 92, m'a permis de battre de 7/10 le record de la piste de Fiorano qu'Alain Prost avait signé il y a deux ans avec des pneus de qualifs ! Le progrès est plutôt sensible.

AH : Grâce à la nouvelle distribution pneumatique ?

Jean : Sans doute. Elle nous autorise un gain en régime notable, donc en puissance tout en gagnant en fiabilité. Mais d'autres domaines ont été revus. Ce qui explique son poids-plume de 138 kilos. C'est toutefois un moteur prototype que nous ne verrons pas sur les courses. Il n'est pas encore figé.

AH : Le peu de compétitivité ne fut par contre pas une grosse surprise....

Jean : Si, dans la mesure où personne n'a compris pourquoi ce châssis, capable de gagner six GP en 90 et de disputer le titre mondial jusqu'au bout, a brutalement perdu toutes ses qualités. Il faut croire que les modifications imposées par le nouveau règlement, notamment le recentrage du réservoir derrière le pilote, ont cassé son équilibre mécanique. Il était impossible à mettre au point. Et les retouches apportées aux suspensions n'ont rien donné.

AH : Tout le monde a pourtant surmonté ce cap !

Jean : Prends ton téléphone et demande à Maranello qui a conçu la F92A. Ils seront incapables de le dire. Suspension avant de l'un, arrière de l'autre, coque de Nichols...le tout sans la moindre coordination puisque sans véritable leader technique. Comment suivre une ligne de conduite précise dans ces conditions ! Je suis d'autant plus à l'aise pour le dire aujourd'hui qu'il s'agit d'une époque révolue. Dans le cadre de l'antenne anglaise de Ferrari, FD D ( Ferrari Design and development ), John sera le seul et unique patron. On a beau faire l'apologie de la hiérachie horizontale, de la délégation de pouvoirs, rien ne vaut un responsable qui écoute, dicte, canalise, organise. Faute d'un patron digne de ce nom ou dans le souci de limiter l'importance d'un ingénieur un peu trop dictateur, toutes les équipes de F1 sont passées un jour ou l'autre par ce stade. Pour en revenir au système traditionnel. C'est un peu le problème sur lequel bute McLaren depuis le départ de Barnard. Ron Dennis n'a plus voulu d'un leader et a demandé à Oatley de gérer un puzzle dont chaque pièce gère elle-même un domaine. Lentement mais sûrement la situation s'est dégradée. Par chance, le Honda a permis de compenser. S'il est vrai que McLaren va devoir faire avec le V8 Ford la remise en question sera obligatoire.

AH : L'originalité du double fond de la F92A n'a-t-elle pas été sur la sellette ?

Jean : Je ne la mets pas en cause. Migeot n'est pas un illuminé. S'il a adopté ce système, c'est que les données de la soufflerie l'ont satisfait. Il apporte certainement un avantage quelque part. Malheureusement, les problèmes rencontrés ailleurs nous ont empêcher de le situer... Il aurait fallu le juger sur une monoplace mécaniquement parfaite.

AH : Tu as rencontré Barnard, que t'inspire-t-il ?

Jean : Notre dernière discussion, deux heures durant, remonte à la semaine dernière. Il inspire évidemment le respect. Il m'impressionne. Notre premier contact m'a rappelé ma toute première journée chez Tyrrell, lorque Poslethwaite et Migeot se sont penchés vers moi, dans le cockpit...et se demandaient qui j'étais alors moi je les connaissais très bien.

AH : Globalement, que te reste-t-il de 92 ?

Jean : La domination de Mansell et de Williams. Des performances et une fiabilité extraordinaires. Leur fin de saison 91 avait été un signal...Et ce Mansell, quel panache ! Encore qu'il est facile de l'avoir avec une voiture pareille. Non , Nigel est vraiment un pilote pas commun.

AH : En ce qui te concerne ?

Jean : Le GP d'Espagne m'a marqué. On se savait à côté de la plaque et en plus il se met à pleuvoir ! Et là, dans le déluge, tu entends la radio dire que tu es le plus rapide ! Ce podium est un souvenir inoubliable. Le second est lié au premier : notre arrivée à Imola quinze jours après. Les Tifosi fous, remplis d'espoir. Malheureusement.

AH : Le négatif ?

Jean : Au plus profond de moi, cette question me révolte. Il y a tellement de choses à dire que je préfère me taire ! Trop de mauvais moments...pas seulement liés à un abandon ou à une mauvaise qualification. Plutôt la manière dont on a abordé la saison et ses difficultés techniques. Depuis que j'exerce ce métier de pilote, je n'avais pourtant jamais autant travaillé ! Ni été autant à disposition d'une équipe. Réunions techniques, essais, réunions, essais...

AH : La cohabitation avec Capelli ?

Jean : Pas de dialogue, aucun échange. IL est pourtant bon de faire cause commune dans l'adversité. Plus le temps passait, moins on avait l'impression d'appartenir à la même équipe. Pas facile d'être Italien et pilote Ferrari...Je pense que son environnement proche avait beaucoup d'influence sur lui.

AH : Il est courant de dire que toute expérience négative possède quelque chose de positif. Ton cas ?

Jean : Oui, bien sûr. Non seulement je suis sorti intact de deux années de galère, mais j'en suis sorti renforcé au sein de la SCuderia, avec la confiance de tout le monde. C'est important. Vivre chez Ferrari sans résultats est une sacrée épreuve. Pression externe de la presse qui n'admet pas, des tifosi qui ne comprennent pas. Pression interne de l'équipe qui s'énerve, qui est fatiguée, de l'employeur, celui d'en haut, qui met tout en doute. Jusqu'au pilote. Réussir à surmonter çà est une belle victoire dont je peux être fier.

AH : Tu as eu des doutes quant à ton avenir ?

Jean : Bien sûr. L'absence de résultats pousse tout le monde à trouver des coupables. Le pilote n'est jamais épargné. Dès lors toute réaction est possible. En arrivant chez Ferrari j'étais le jeune plein d'avenir, celui qui allait tout gagner... La première année Prost m'a sauvé la mise. Pour avoir gagné six courses en 90 et rien en 91, il avait mis en évidence une difficulté technique que l'on a traînée encore cette année. Les pilotes n'étaient pas responsables. Malheureusement il n'y avait plus cette référence Prost. Les doutes se sont donc dirigés vers moi. Exemple au GP de France où tout le monde m'est tombé dessus. Je ne savais pas gérer une course, j'avais changé de pneus au mauvais moment, j'avais désobéi au stand et cassé mon moteur en faisant un tête à queue.. Un commentateur de télé, ancien pilote Ferrari, ( non, pas Alain ! ) m'a même reproché ma façon de tenir le volant. Les plus grosses conneries possibles pour finalement dire que j'étais responsable de tous les maux. J'ai laissé passer la tempête, mais je peux t'assurer que ce ne fut pas facile.

AH : Accuser le coup n'est pourtant pas dans tes habitudes....

Jean : Non , mais lorsque l'on se retrouve face à de tels problèmes, il ne faut pas en être un de plus pour l'équipe. Si je m'étais laissé aller à ce que mon sang me disait, je ne terminais pas l'année. Fiat et Ferrari investissent et travaillent comme des fous, je n'ai pas le droit de dire que leur équipe est désorganisée, que leur voiture est une merde. Il faut pousser dans le même sens. Alors on la ferme et on bosse. Ce qui m'a permis de gagner la pleine confiance de tous, de faire évoluer mon image. Chez Ferrari et ailleurs. Je l'ai constaté en parlant avez Frank Williams ou Ron Dennis. Ils savent ce que j'ai vécu et comprennent que le fait d'être encore là aujourd'hui veut dire beaucoup de choses. Un bon point.

AH : Qui débouche malgré tout sur un tandem Alesi/Berger. Ou Berger /Alesi. Là encore la polémique s'est installée avant même que le mariage soit consommé !

Jean : Les messages sont allés dans tous les sens ! Un journaliste titrait Berger 1er pilote, un autre venait me le faire lire pour avoir une réaction. Un troisième titrait alors Alesi en colère et allait le faire lire à Berger. Qui répliquait. Et ainsi de suite. Bon, nous nous sommes expliqués une bonne fois pour toutes. Techniquement et sportivement nous serons strictement à égalité, libres de faire chacun sa course. Son unique faveur sera d'avoir priorité sur le mulet.

AH : Aucune crainte de la mafia Berger / Lauda ?

Jean : Non. La seule vraie mafia que je connaisse, celle dont l'efficacité fait peur, c'est la sicilienne, pas l'autrichienne....Berger est un pilote rapide mais je suis prêt. Mes relations avec l'équipe du haut an bas, sont parfaites.

AH : Tu vas gagner Berger, La F1 va perdre Mansell et Senna. Triste ?

Jean : Nigel est parti, oui. Sa décision ne s'est pas faite à Monza mais bien avant. Il a eu marre de toutes ses histoires, de s'être fait balader. Senna, je n'y crois pas. Pour moi, c'est un chantage de plus. J'ai beaucoup de mal à cerner son caractère et son comportement. Il est comme un poisson, il glisse entre les doigts. A mon avis il restera chez Mclaren. Sans devoir revenir sur sa décision puisqu'il n'a jamais eu l'intention d'aller en Indy avant quelques années. Il fait monter son prix. Du moins il essaie de ne pas subir le sort de Mansell. Il a souvent traité Alain de politicien, mais il est lui-même très fort ! Traiter Alain d'assassin après l'accident de Suzuka et avouer, les larmes aux yeux, vengeance et préméditation un an plus tard, relève d'un beau culot, non ? Dès lors tout est envisageable. Il faut donc se méfier. Par contre, à rester chez McLaren, Senna va devoir se faire à l'idée de piloter une voiture qui ne le fera pas gagner à tous les coups, qui va l'obliger à se cracher un peu plus dans les mains. On ne peut pas dire que ce fut le cas tout le temps ces dernières années. Son Honda lui permettait de ne pas frôler ses limites.

AH : Peut-être pousse-t-il Ron Dennis à se renforcer, à trouver un autre moteur que le V8HB ?

Jean : Ron Dennis n'a nullement besoin de chantage pour consolider ses structures. Il connaît ses faiblesses et cherche à les effacer. Pour lui-même, pas pour les autres. Il a certainement autant horreur, sinon plus, de perdre que Senna !

AH : As-tu craint un mariage Senna / Ferrari ?

Jean : Oui et non. Oui, parce que la presse italienne en parlait tous les jours dans l'espoir de convaincre les décideurs. Non, parce que j'étais persuadé que Senna avait entamé ces discussions dans l'unique but de valoriser son contrat. Capelli devait être remplacé, on le savait. Berger ou Senna, peu m'importait. Il ne restait qu'un baquet....Dès lors que Berger a signé, l'histoire était terminée.

AH : On a néanmoins évoqué le duo Berger / Senna peu avant Suzuka....

Jean : J'ai lu....Mais Ferrari a rapidement confirmé le duo Berger / Alesi !

AH : Peut-être parce que Senna n'avait effectivement pas l'intention d'aller à Maranello pour 93. Je suppose que, de toute façon, tu avais préparé ta sortie !

Jean : Bien sûr, bien sûr.

AH : Dennis et Williams avouent régulièrement t'accorder beaucoup d'estime. Faute de Senna, le premier n'aurait pas fait la fine bouche !

Jean : Je n'en doute pas....

AH : Williams a dit ne pas t'avoir parler d'avenir directement mais admet que Prost a peut-être joué l'intermédiaire.

Jean : Alain et moi sommes très copains, on se voit souvent, pour parler de F1, peu, et d'autres choses, beaucoup. Il n'a pas l'intention de devenir mon manager ! Mais je suis attentif à ses conseils.

AH : Imaginons que Senna ait choisi Ferrari, avec Berger. Tu devais répondre oui à l'un ou à l'autre !

Jean : Oui. Mais ce n'est pas aussi simple. Si certains contrats ne veulent rien dire, d'autres sont en béton. Du jou où Berger est arrivé, Senna n'avait plus de place. A moins de procédures terribles. Pour se séparer de moi, ils devaient être sûrs de pouvoir compter sur celui qui méritaient ces procédures. Sans doute ne l'ont-ils jamais été. A l'inverse, si j'avais été tenté par une autre équipe, il aurait fallu que Ferrari soit en mesure de me remplacer par le pilote qu'ils désiraient. J'avoue que tout ceci est une belle partie de poker menteur dans laquelle il est parfois difficile de s'y retrouver soi-même.

AH : Contrats en béton qui ne t'ont pas empêché, à l'époque de transiter directement de Tyrrell à Ferrari sans passer par la case Williams avec laquelle tu étais pourtant lié !

Jean : Frank a tenu jusqu'au bout, puis a lâché. Tant qu'il n'a pas donné son accord personne n'a bougé.

AH : Avec toutes ces polémiques, la F1 en a pris un sale coup au niveau de son image. Sport de stars, de capricieux.

Jean : Mauvaise, car ces polémiques ont été mal interprétées. Tout est tellement compliqué, même pour ceux qui sont dedans, qu'il manque toujours quelques élèments. La théorie voudrait donc qu'on ne les explique pas. Mais les journalistes en tirent quand même des conclusions et prennent position. Et ça fait désordre. Pilotes capricieux ? Oui, un seul . Senna. Pas Mansell, qui est parti lorsqu'il s'est vu mis en doute au sein de son équipe. Le cas de Senna est différent. Il a d'abord voulu Ferrari et 30 millions de dollars, puis Williams sans Prost pour pas un rond. C'est tout de même pas la même chose.

AH : Peut-on dire, sans se tromper, que tu ne portes pas Senna dans ton coeur ?

Jean : On va encore dire que je suis jaloux, ou sous influence. Mais je lui en veux un peu, Oui. Il a déstabilisé Ferrari pendant plusieurs semaines, puis Williams, a pris quelques personnes pour des idiots et fait passer d'autres pour de vilains méchants. La presse devrait servir à autre chose qu'à régler ses comptes. D'accord, il est issu d'une famille riche, bien éduquée qui lui a inculqué les bons principes et tout et tout, mais il ne doit pas oublier que la F1 lui a également beaucoup apporté. En gloire, en argent, en belle vie. Dans un moment ou la F1 a besoin de lui, il pourrait alors se dire qu'il est temps de renvoyer l'ascenseur. On ne lui demande pas d'aller à la mine à 5 heures du matin pour un salaire de misère, ni de vivre dans une favela. Ce n'est pas parce que sa saison 93 risque d'être difficile qu'il doit partir. Ce n'est pas parce que 93 risque d'être une saison en creux que la Terre entière va l'oublier. Il restera le grand Senna. Au contraire, il se sortirait de l'épreuve avec une image améliorée.

AH : Victoire et défaite font partie de jeu. Une philosophie que tu as toi-même expérimentée ?

Jean : Lorsque j'ai signé mes trois ans de contrat Ferrari, je ne m'attendais effectivement pas à en sacrifier deux. Bon , je ne suis pas Senna. Pas triple champion du monde, pas recordman des poles, pas star mondiale. Mais la F1 donne parfois quelques leçons d'humilité et de modestie qu'il faut accepter. Ca ne marche pas tous le temps comme on le voudrait, c'est évident. Et on n'y peut rien. Tu crois que c'est amusant de voir Schumacher gagner son premier GP un an après son arrivée en F1 ? Moi qui en rêve depuis trois ans, je mesure peut-être plus que lui la joie que cette victoire doit procurer. Je ne suis pas jaloux, j'analyse. Je ne vais pas tout planter pour autant.

AH : 93 semble marquer un renouvellement de génération .....

Jean : Pas évident. A part Schumacher, qui s'est construit avec Mansell, Senna, Piquet, je ne vois pas de jeunes vraiment exploser...On parle de Hakkinen, oui, mais son sort semble encore lié à Lotus. Aller chez Williams aurait changé les choses. A moins qu'il soit en attente de MC Laren .... A Senna de décider. Damon Hill est monté, mais la manière dont cela s'est fait, le fait passer davantage pour une roue de secours, un dépannage. IL a tout à prouver. Andretti ? Je crois qu'il sera plus une curiosité pour les Américains que pour la F1. Au vu des photos, j'ai parfois eu l'impression de voir le sergent Garcia de Zorro ! Sans doute à cause de ses joues bien garnies. Mais il ne peut être mauvais après ce qu'il a fait en Indy...Ca sera quand même dur pour lui.

AH : Cette F. Indy, dopée par Mansell et Honda, peut elle être un jour dangereuse vis-à-vis de la F1 ?

Jean : Non , elle n'est populaire qu'aux Etats-Unis. Avec des règles trop typées qui ne plairaient à personne ici.

AH : La F1 sans Mansell, avec une nouvelle domination de Williams/Renault, ne va-t-elle pas y perdre ?

Jean : Non. La seule chose qui risque d'arriver en début de saison est une désaffection de la presse généraliste. Certains journalistes vont y perdre quelques scènes en salle de presse. Le sport ne s'en portera que mieux.. Côté stars, le retour de Prost n'est pas à négliger. Côté spectacle, il faut compter sur Schumacher. Non seulement sa Benetton a progressé, mais son talent et l'expérience qu'il a tirée de ses réussites de 92 vont faire de lui un animateur. Ferrari ne pourra que remonter la pente. Berger est un attaquant, moi aussi....On fera de belles courses, sans doute plus serrées qu'avant. A la presse de faire prendre la mayonnaise. Le pessimisme des gens résulte du fait que tout le monde en est resté à la domination de Mansell et de Williams. Il suffira d'un bon GP d'Afrique du Sud pour que tout reparte. A quoi servirait un plateau avec Mansell, Piquet, Senna et Prost dans quatre voitures différentes, si leur niveau de compétitivité était complétement différent l'un de l'autre ? L'intérêt serait nul. Qu'il y ait de belles bagarres et les stars se feront vite ! Je suis persuadé que l'avance de Williams s'amenuisera au fil de la saison. Toutes les équipes travaillent jour et nuit.

AH : Personnellement, qu'attends-tu de 93 ?

Jean : Je me suis fixé deux objectifs principaux. Concrétiser ma rage de vaincre, bien sûr, et être dans le coup toute l'année. Ce qui dépendra évidemment du matériel. Ce qui se passe chez Ferrari en ce moment est positif. Deuxièmement, je dois penser à l'avenir, donc me retrouver dans les meilleures conditions pour me retrouver dans une bonne voiture en 94.

AH : Une Ferrari ?

Jean : Elle sera mon premier choix. Je suis prêt à rempiler. Je connais le système Ferrari, les hommes. Je m'y sens bien et les tifosi m'adorent. Quitter Ferrari sans avoir fait ce que je voulais y faire serait dur. Je ne peux plus me permettre une saison en disant que ça ira mieux demain. Ce n'est quand même pas normal de ne pas avoir signé une victoire depuis deux ans ! Ca ma mine. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Bon , faut être concret....Berger a signé pour 93 et 94 et Ferrari est encore amoureuse de Senna. S'il décide d'aller à Maranello l'année prochaine, je n'aurais qu'à faire mes valises. Mais je ne peux pas attendre sa décision pour me déterminer. Je dois donc me mettre en évidence. Encore que les résultats du début de saison compteront sans compter vraiemnt. Les gens savent où j'en suis. Ferrari aussi. On devra en parler au plutôt, pour la sérénité.

AH : Histoire de quitter le vrai Alesi, pourquoi avoir boycotté la remise des prix de la FFSA ?

Jean : Je me suis moi-même puni ! Le réglement de la FFSA est ainsi fait que l'on peut être 7ième du Championnat du Monde et premier français mais deuxième au championnat de France....J'ai cru à une erreur. C'est comme çà et pas autrement, m'a-t-on répondu. Votre absence ne sera pas grave. Je suis donc resté chez moi. Ce truc fait partie des choses qui me rendent fou. Imaginez qu'avec six vixtoires en GP, un pilote peut être champion du Monde et pas champion de France. Sur le coup Erik Comas a mal pris ma colère. Je n'ai rien contre lui, loin de là. Ce règlement est nul, c'est tout.

Patrick Camus.

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