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F3000, F1..... tout semble lui réussir cette année.. Son exil dans la grande Albion l'a littéralement métamorphosé... A Oxford ou il réside, Jean d'Avignon nous raconte comment il est devenu Jean-le-Briton.
AH - Avant toute chose, as-tu un chiffre-fétiche?
Jean - ( étonné ) .... euh , non. Pourquoi cette question?
AH - Oh comme cà.... On aurait juré que c'était le 4.
Jean - ( rires ) ... Ah oui, c'est vrai... J'avais le 4 en F3000 et le 4 en F1 et j'ai terminé 4ième pour mon premier GP. En fait, non, je ne fais pas trop attention à celà... Je ne suis pas supersticieux... Enfin , pas encore.
AH - Ca marche plutôt bien pour toi, non?
Jean - Faudrait être difficile pour prétendre le contraire . Non, c'est fabuleux ce qu'il m'arrive. En début de saison , je pensais avant out réaliser une bonne saison en F 3000. Point..Maintenant, de là à débuter en F1 , en sport-protos, effectuer des essais avec la F 40.... ce n'était pas programmé..Et en plus je connais une certaine réussite. Je joue le titre en F3000, il ne s'agit pas d'un concours de circonstances : j'ai le matériel et ca se passe à merveille dans l'équipe Jordan.
AH - Ce qui est étonnant, c'est la façon dont tu sembles t'être intégré à ces écuries britanniques.. Comment expliques-tu cela?
Jean - Je suis arrivé en Angleterre en février. Indépendamment du fait de vouloir pratiquer correctement la langue anglaise. J'ai surtout essayé de comprendre les gens, leur mentalité. Par définition, un pilote est une personne qui a toujours besoin de quelque-chose, qui réclame sans cesse....Seulement, il y a une manière différente pour demander ça ou ça, selon que l'on a affaire à des français ou à des anglais. Ma perception des britanniques aujourd'hui me permet de croire y être parvenu et sans doute cela a-t-il facilité mon intégration tant chez Jordan que chez Tyrrell. C'est important de connaître la mentalité des gens à ce niveau, car les problèmes proviennent d'un manque de compréhension à ce niveau. Mais c'est vrai que parfois je suis étonné car il y a pas plus anglais que les mécanos de Jordan, et Tyrrell est bien la plus britannique des écuries F1.
AH - Comment as-tu atterri chez E. Jordan?
Jean - IL n'y a pas si longtemps, Eddie Jordan était pilote.. Et surtout, c'est un "fondu" de F3. Il est passionné par cette discipline. Aussi en 86 comme en 87, il venait fréquemment en France, soit parce que son écurie était engagée dans le championnat de France, soit parfois en touriste.. En 87, j'avais gagné le championnat, puis l'an passé, il était présent en F3000 ou là, ça ne marchait pas fort. Il avait alors tenté de connaîter mes problèmes.. Puis fin 88, on s'est retrouvé à Macau pour le GP F3, et la Eddie m'a demandé ce que je faisais. ON a gardé le contact, on s'est revus et on a fini par tomber d 'accord.
AH - Est-il proche de toi?
Jean - Complétement. Il existe une très bonne complicité entre lui et ses pilotes, et je crois que cela a été capital pour mon intégration. Quand je suis arrivé à Oxford, il m'a herbergé pendant 3 semaines. Cela m' aapporté beaucoup. Aujourd'hui je loue une chambre dans un emaison située à quatre ou cinq cents mètrtes de celle des Jordan.
AH - Quels rapports entretiens-tu avec M. Donnelly?
Jean - Au premier abord, c'est quelqu'un qui paraît assez difficile, mais on s'entend très bien. en plus, ce n'est pas un mec à embrouilles. Il fait son boulot, je fais le mien : c'est parfait . L'accrochage du départ à Enna n' a pas altéré nos rapports. Au contraire, il nous arrive d'en rire.... même si Eddie à moins rigolé lui.. ( rires )
AH - Comment a-t-il réagi à Enna?
Jean - Il était très choqué. Il ne comprenait pas. Comment pouvions-nous nous accrocher dès le premier virage alors que lui et son équipe avaient fait le maximum pour nous permettre de partie en 1ere ligne?
AH - Es-tu revanchard vis-à-vis de Marlboro qui, il faut bien le dire, t'a laissé tomber fin 88?
Jean - Non , pas du tout . Ils m'ont permis l'an passé de disputer une saison en F3000sans que cela me coute un centime, une situation qui ne m'était encore jamais arrivée dans le passé. Je peux leur dire merci de m'avoir mis le pied à l'étrier... mais dommage pour eux de ne pas l'avoir exploité. Je crois qu'il y a davantageune politique de soutien des pilotes chez Camel. Chez Marlboro, les super-résultats de Senna et Prost font que l'on prête moins attention aux jeunes qui poussent derrière. C'est mon impression. Mais quand Tyrrell a eu ses démélés avec Alboreto, c'est Camel qui est intervenu en demandant à Ken de me prendre pour le GP de France. Tête de Tyrrell qui ne me connaissait pas.
AH - Quel accueil t'a-t-il réservé?
Jean - OH bien .... Bon , il ne me connaissait pas, je lui étais imposé, il n'avait pas une grosse envie de me faire rouler. Il m'a fait signer un contrat pour une course et puis voilà.
AH - As-tu été surpris par tes débuts en F1?
Jean - Bien sûr... Quand j'ai signé, je n'ai pas vraiment mesuré l'ampleur du problème. Ca s'est passé tellement vite.. Sur place, j'ai commencé à gamberger. Tyrrell m'a mis à l'aise, me précisant qu'il ne me jugerait en aucun cas sur cette expérience, car il estimait que ma qualification serait difficile. Dans ma tête, ce n'était pas évident même après aviur signé le septième chrono le vendredi matin dans les essais non-chronométrés... Heureusement ma patite expérience en F 3000 japonaise m'a aidé, car là-bas, contrairement à l'Europe, on dispose de pneus de qualification.. Et puis voilà, j'ai réussi à me qualifier, et je n'ai pas fait une trop mauvaise course.
AH - Et à ta sortie de voiture?
Jean - Eh bien Tyrrell m'a dit de venir à l'atlier pour mouler mon siége. Là, les négociations ont commencé..Il ne pouvait plus me faire signer le contratt qu'il avait l'intention de me proposer, eu égard à ma 4ième place du Paul Ricard.
AH - Tu es lié avec Tyrrell jusque fin 90?
Jean - Oui....Enfin non, car si un team important veut Alesi, il peut toujours racheter le contrat....qui n'est pas bien gros . Mais cette idée ne m'effleure pas. Je suis très bien chez Tyrrell et les perspectives s'annoncent intéressantes pour la saison 90.
AH - Quelles sont les différences les plus importantes dans la façon de courir entre F1 et F3000?
Jean - Il n'y en a pas vraiment... Le rythme n'est pas différent.. Si, ce qui m'a perturbé au début, c'est le fait de s'arrêter pour changer de pneus, de repartir. On a l'impression de faire deux courses.. En F3000 quand tu t'arrêtes, c'est définitif la plupart du temps.
AH - Tu as dû avoir du mal à stopper au Ricard alors que tu étais en 2ième position?
Jean - Oui et non. Là, je ne comprenais rien à la F1. J'ai vu la flèche, je suis rentré... D'autant que j'avais cru comprendre que j'étais 2è, mais là je ne pigeais pas bien ( rires ). On en a bien rigolé avec Ken Tyrrell après la course. Le matin, il m'avait expliqué leur façon de panneauter... en prenant exemple sur ma position par rapport à celle de Mansell... Mais i ne pensait pas qu'il aurait à l'utiliser pour de bon pendant la course, quand il m'a indiqué "P2 Mansell +5"
AH- Et dans le peloton, comme cela se passe-t-il?
Jean - Là, c'est différent. Les courses sont pluslongues en F1, les pilotes essaient bien sûr de conduire au maximum des possibilités de leurs voitures, mais contrairement à la F3000, les monoplaces sont toutes différentes les unes des auters de par leurs conceptions, leurs performances. Il règne une plus grande correction en F1, alors qu'en F3000, c'est la folie : pour doubler, tu es obligé de forcer le passage parfois. En essais, par contre, c'est moins évident. Chacun roule pour soi sans trop se préoccuper de celui qui est en train de faire un temps avec ses pneus de qualifs. Mis à part deux ou trois exceptions comme Prost, Piquet ou Senna - est-ce un hasard ? - beaucoup conduisent comme s'ils étaient seuls en piste.
AH - Il existe une barrière entre ceux que l'on peut appeler les "grands" et un jeune comme toi qui arrive?
Jean - Il faut se dire que le public en F1 se déplace pour voir en priorité les pilotes Mclaren , Ferrari, Williams. en fait les six ou huits "stars". Nous, on est là pour meubler si je puis dire, et le décalage est énorme. D'où les vives réactions que j'ai suscitées chez Mansell lors de notre petit différent survenu pendant les essais du GP de Hongrie. Il m'a volontairement bloqué deux fois pendant un tour de "qualif" et je lui ai montré que cela ne m'avait pas plu.
AH - Peut-être seras- tu pareil avec les nouveaux dasn deux ou trois ans?
Jean - ( rires ) Peut-être.
AH - Quels rapports entretiens-tu avec Tyrrell aujourd'hui?
Jean - C'est quelqu'un de très attentif je crois. On peut dialoguer avec lui. Il ne pose jamais de question vexantes. En Angleterre, en Allemagne, je suis parti en tête-à-queue alors que j'étais en 6è position. Il ne m'a fait aucun reproche, mais il a surtout cherché à comprendre. Je lui ai expliqué que je ne "sentais" pas encore tout à fait bien la Tyrrell, surtout qu'en juillet, je passais sans cesse de la F1 à la F3000 et vice-versa. Mainteant ça va mieux : je commence à faire corps avec la Tyrrell, et en Hongrie, je n'ai pas fait le moindre tête-à-queue.
AH - Quand tu reprends le voland de ta Reynard en F3000, quelles sont tes impressions?
Jean - Elle me parait vraiment plus facile. Je dois faire simplement attention à me réhabituer aux freins qui en F3000 ne sont pas en carbone, et ne possèdent pas la même efficacité. Je dois auusi être vigilant quand aux transmissions d'informations que j'apporte à mon ingénieur Paul Crosby, dues à une mauvaise interprétation de ma part enter la F3000 et la F1. Cela dit, j'ai la sensation d'exploiter plus à fond ma Reynard en F3000 depuis que je pilote la Tyrrell. J'ai de biens meilleures sensations.
AH - Et physiqument?
Jean - Je fatigue moins en F3000. A Brands Hatch j'ai terminé la course aussi frais qu'un gardon. A côté des 70 tours du GP de Hongrie, les 48 tours de Brands Hatch m'ont paru faciles.
AH - Fais-tu beaucoup de sport?
Jean - Surtout l'hiver. J'ai la chance de connaître un kiné à Chamonix qui me fait bénéficier des infrastructures de l'ENSA. Et pendant l'hiver , je pratique énormément le ski de fond. En saison, je m'entretiens avec un peu de footing et surtout par des scéances d'étirement car mon corps manque de souplesse.
AH - Un peu de musculation aussi?
Jean - Non , je n'en ai jamais fait. Par contre, si j'en ai le loisir, je ferai peut-être les vendanges fin septembre. Cà, c'est un sacré entrainement.
AH - Comptes-tu rester à Oxford?
Jean - J'aime beaucoup cet endroit. Je vis actuellement dans une grande maison ou le dispose d'une chambre comme trois ou quatre jeunes qui effectuent leurs études ici. D'ailleurs Avignon et Oxford se rejoignent un peu, mis à part le soleil . Ce sont deux villes qui possèdent un passé culturel important, il y a beaucoup de jeunes aussi.
AH - Tu apprécies là vie Anglaise?
Jean - Hum pas trop. J'aime bien manger et ici il faut l'oublier. Ils n'ont aucun goût culinaire et c'est ce qui me contrarie les plus chez les Anglais ( rires ). Heureusement Oxford est une ville universiatire très importante, il y a donc quelques restaurants italiens et français.. Maintenant j'essaie de manger quand même à l'Anglaise, à commencer par avaler un solide breakfast au réveil...Mais c'est dur.
AH - Et indépendamment de ce seul aspect nutritif?
Jean - ( réflexion )... pas grand chose en fait.
AH - Cela ne correspond pas à ton tempérament latin?
Jean - Tout à fait. Ce sont des gens qui ne sont pas des "excités" de nature.
AH - Tu as pourtant l'air calme.
Jean - Oh, faut pas se fier aux apparences. Dès que j'ai une semaine devant moi, je file à Avignon. Là, je m'éclate complétement. Ma chance c'est de puiser mon équilibre dans la cellule familiale. Je retrouve mon élément auprès d'un père, d'une mère et d'un frère qui sont des surexcités, qui sont branches sur le 100000 volts en permanence. J'ai l'air cool comme ça, mais pas autant que ça.
AH - Pourquoi as-tu choisi de débuter en Coupe Renault 5?
Jean - Je n'étais pas trop attiré par la monoplace. Quand j'étais plus jeune, la course automobile pour moi c'était les sport-protos, les monstrueuses groupe 5. Dès que j'ai eu 18 ans, j'ai fait la Coupe R5 parce que c'était la discipline la plus abordable financièrement parlant, et que mon père pouvait m'aider, qu'un de ses amis, Edmond Simon pouvait préparer mon moteur. Je disposais d'un coin dans l'atelier de carrosserie de papa, et je préparais le chassis.. Et j'éffectuais aussi les passages au marbre.... Très fréquents... ( rires )
AH - Comment es-tu arrivé à te décider pour la monoplace?
Jean - Sur les circuits, en coupe 5, je cotoyais les pilotes de F3, Formule Renault, et j'ai rapidement compris que si je voulais progresser, il fallait que je fasse de la monoplace. Je me suis inscrit au Pilote Elf Paul RIcard : j'ai été battu par Eric Bernard en finale... Mais j'ai devancé Bertrand Gachot. Par la suite, j'ai trouvé l'appui de la SNPE pour débuter en Formule Renault, l'année suivante.. C'était en 84.
AH - Est-ce que l'idée de courir en F1 ne t'éffleurait pas à cette époque?
Jean - Tout à fait...J'adorais le sport automobile, mais sans pour autant me persuader que je pourrais devenir un jour pilote.. Et encore moins en F1.
Je regardais un GP à la télé avec une certaine admiration pour les pilotes, c'est tout. D'ailleurs, ça m'amuse de penser que j'ai disputé mes premières courses à l'époque ou Prost remportait ses premiers GP. Mais disons que la F1 ne me faisait pas rêver quoi. C'était un truc trop inaccessible.
AH - Ton meilleur copain, c'est Philippe Gache. On vous voit toujours ensemble. Ca doit vous amuser de vous retrouver en F3000 aujourd'hui?
Jean - On s'est connus tout mômes Philippe et moi. On devait avoir une dizaine d'années, et on accompagnait nos pères, qui à cette époque couraient en courses de côte. On passait tous nos week-ends ensemble ... et ça n'a pas vraiment chnagé depuis. Un peu plus tard, on a fait du motocross, puis il m'a entraîné vers le Karting. On a débuté en circuit ensemble, lui trophée SAMBA, moi en R5, puis avec la Formule Ford, la Formule Renault et enfin la F3 ou l'on courrait l'un contre l'autre.. On est comme deux frères.. On est d'avignon et on se voit encore souvent entre deux courses.
AH - Outre la F3000 et la F1, tu as eu l'occasion de t'essayer aux Sport-protos. Une bonne expérience?
Jean - C'est toujours enrichissant. Malheureusement, l'expérience du Mans avec la Porsche 962 de l'équipe Schuppan n'a pas été très concluante, et surtout frustrante pour moi. Je n'ai jamais eu la possibilité d'en exploiter le potentiel comme je l'aurais souhaité. Par conter avec la Ferrari F 40, j'ai pu effectuer pas mal d'éssais de développement. A Monza, sur le circuit Paul Ricard et à Jarama . C'est une voiture très intéressante et de plus en plus performante. Ce n'est pas une groupe C, mais on a aujourd'hui quelques bons points de comparaisons vis-à-vis des Sauber-Mercedes ou des Jaguar.
AH - As-tu conscience de t'être métamorphosé cette année? Le Alesi cru 88 n'a rien à voir avec le Alesi 89.
Jean - C'est simple : je fais ce que j'ai envie, de la manière dont je veux que ça se passe. C'est-à-dire de la course automobile avec des résultats au bout, en ayant mon mot à dire.
AH - Tu étais mal dans ta peau en 88?
Jean - Complétement.... J'étais avec des gens ( NDLR : équipe ORECA ) qui ne me demandaient que de conduire. Chaque fois qu'il fallait que je dise quelques chose, ce n'était pas ce que je pensais... mais ce qu'ils pensaient eux. UNe situation détestable, d'autant que les résultats ne suivaient pas. Depuis que je cours, j'ai toujours été ecouté par mon entourage que ce soit en Formule Renault comme en Formule 3, et ça s'est toujours bien passé. L 'année dernière ça allait tellement mal que je me recroquevillais complétement sur moi-même. Je n'étais pas à l'aise... Je fuyais les journalistes pour ne pas avoir à me justifier en racontant des mensonges....C'est un truc que je ne sais pas faire... Un pilote qui vient me demander un conseil sur des duretés de ressorts par exemple, je préfère carrement lui dire que je n'ai pas envie de les lui communiquer plutôt que de lui raconter n'importe quoi.
AH - As-tu le sentiment de te sentir vraiment pilote automobile aujourd'hui?
Jean - Complétement. Cette saison, on me demande de faire mon boulot de pilote. Je conduis à 100% et j'explique ce que je ressens : ce n'est pas plus compliqué que cela. L'an dernier je pilotais... mais on décidait à ma place des chois techniques. Toute la différence est là, mais elle est de taille.
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